Mais si vous savez ces petits récits qui commencent par « Il était une fois » et qui se terminent par « Et ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ». Ces contes pleins d'amour, de beauté et de magie.
Et bien moi j'aimerai vous en raconter un de conte de fée, mais un conte moderne. Sans beauté, sans magie, mais peut-être avec amour, qui sait ? L'histoire d'une princesse sans robe dorée et un prince sans fier destrier...
Une histoire simple et peut-être plus belle que toutes les autres...
Une jeune demoiselle parcourt les rues de Paris, elle resserre son écharpe autour de son cou. Le vent souffle, faisant tomber des branches des arbres décharnés les dernières feuilles rougies par les lueurs de l'automne. Les gens autour d'elle se pressent, se bousculent, se crient dessus. Les premières voitures s'agglutinent dans la rue, les premiers klaxons se font entendre.
Voilà c'est ça son royaume à elle...
Elle enfonce ses mains dans les poches de son long manteau et enfouit le bout de son nez dans son étoffe de laine. Au bout de quelques minutes elle s'engouffre dans une ruelle sombre et entre dans un petit bar miteux coincé entre deux immeubles lugubres. Elle s'avance dans le hall mal éclairé, dégrafant un par un les boutons de sa veste. Elle arrive dans une petite pièce circulaire meublée d'un comptoir derrière lequel est assise une jolie jeune fille d'à peine 25 ans, un sourire apparaît sur son visage halé quand elle l'aperçoit. Elle lui tend une clef, un regard plein d'excuses.
Chambre 483, princesse.
Elle lui sourit, prend la clef et se dirige vers un petit couloir. Arrivée à destination elle met la clef terne dans la serrure mais hésite. Elle regarde les trois chiffres dorés fixés sur la porte, les caresse du bout des doigts, ses yeux s'embuent, juste un peu. Elle se ressaisit en secouant la tête et ouvre la porte pour découvrir, ou plutôt retrouver, une petite chambre rouge et noire, l'ambiance oppressante. Un grand lit à baldaquin trône au centre de la pièce. Des petits chocolats posés sur une table, lui murmurent une douce mélodie. Elle en saisit un entre ses deux doigts et le laisse fondre sur sa langue avide de ce plaisir chocolaté. Elle jette son manteau sur un siège et s'installe à même le sol, les jambes repliées sous elle, la tête posée sur les genoux. Elle attend, elle a peur.
Comme à chaque fois.
On toque à la porte. Elle sursaute. Se lève et ouvre. Un jeune homme est appuyé sur le linteau de la porte. Elle ne voit pas son visage masqué par les ténèbres du couloir, seul ses yeux chocolat brillent dans la nuit. Elle pousse un léger soupir, elle va passer la même nuit que les autres.
Rien de nouveau au pays de Cendrillon.
Elle se recule et le jeune homme entre dans la pièce, elle referme la porte derrière lui, laissant quelques instants sa tête reposer sur la paroi froide. Son grand méchant loup ne la mangera pas toute crue. Non ! Il va la déguster très lentement pour satisfaire son désir animal.
Elle se concentre, pour entrer dans la peau de son personnage. Elle se retourne, les paupières closes, inspire profondément et ouvre doucement les yeux pour le découvrir devant elle, ce beau jeune homme qui l'observe, une lueur quelque peu perverse dans le regard. Il est beau. Pas d'une beauté commune que l'on peut croiser au coin de la rue. Non. Une beauté étrange, indéfinissable, attirante comme une flamme. Elle s'approche de lui. Il pose ses mains sur ses hanches, se calant instantanément aux formes de ses courbes. Elle passe ses bras autour de son cou et pose sa tête au creux de son épaule, elle entend son c½ur battre, elle sent son parfum. Elle est bien là et elle voudrait ne jamais en bouger. Mais il n'est pas là pour ça, elle le sait !
La jeune fille se recule mais il resserre son étreinte, croisant ses bras musclés dans son dos. Il plonge à son tour la tête dans son cou. Elle sent son souffle chaud sur sa peau, elle se surprend même à frissonner. Doucement il fait glisser ses mains sous son t-shirt, caressant sa peau de pêche. Son nez toujours caché au creux de sa nuque il commence à les faire tourner sur eux-mêmes. Dans un slow quasi parfait leurs âmes font connaissant. C'est la première fois qu'il fait ça. C'est la première fois qu'il va voir une fille comme elle. Mais ce n'est pas la première fois qu'il la voit elle. Il la suit depuis quelques jours, épiant le moindre de ses gestes. Maintenant il connaît tout d'elle, sa façon de marcher, d'éviter les bousculades dans les rues bondées. Son rire, son café préféré, ses petites habitudes...
Durant ces derniers jours il c'est demandé quel goût ce petit ange pouvait avoir. Sucré ? Salé ?
Il plonge ses yeux chocolat dans son regard apeuré. Elle a peur de lui, comme elle a peur de chacun d'entre eux. Au fil des mois elle a appris à les connaître...
Pour elle ils sont tous les mêmes. Pourtant il veut lui montrer qu'il est différent...
D'un geste calme il caresse sa joue du revers de la main, elle ferme les yeux à ce contact, savourant la douceur de sa peau. Tout aussi doucement il approche ses lèvres des siennes, elle se laisse faire, incapable de lutter. Ou plutôt n'en a-t-elle pas l'envie ! Baiser furtif dans un premier temps puis plus passionné ensuite. Il glisse ses mains sous son t-shirt et l'enlève d'un geste mal assuré. Lui d'ordinaire si habile à dévêtir ses compagnes. Elle se surprend à trouver ses gestes empreints d'une douceur inhabituelle, prenant presque cela pour de l'amour. Après tout elle ne sait même ce que c'est que l'amour ! Puis d'un coup elle se reprend, ce n'est pas ça l'amour. On ne peut pas aimer quelqu'un comme elle. Elle n'est qu'un corps.
Rien de plus.
Rien de moins.
D'un geste peut-être un peu brusque elle soulève son t-shirt et s'apprête à déboutonner son jean quand il retient ses mains. Qu'a-t-elle fait de mal ? Rien, juste son travail. Mais ce n'est pas ce qu'il veut...
Il ne veut pas se taper une fille comme ça. Il veut faire l'amour avec elle...
Il enlève lui-même son t-shirt. Face à face, ils s'observent, mourrant d'envie l'un comme l'autre de goûter la peau qui s'offrait à eux. D'un même mouvement leurs corps se rejoignent, elle savoure avec délice la peau de son cou tandis qu'il la soulève, aussi facilement qu'une plume. Il la dépose le plus délicatement possible sur l'édredon rouge sang et l'observe quelques instants. Ses yeux aux couleurs indéfinissables, oscillants entre le vert et le gris, lui donnent le vertige. Il dépose mille et un baisers sur son épaule dénudée.
Pluie d'étoiles sur son corps de poupée...
Cette nuit là cette jolie princesse a découvert ce que c'était que l'amour... Elle n'avait pas de belle robe, juste un t-shirt et un jean délavé. Lui n'avait pas de fier destrier, juste deux tickets de métro pour l'emmener loin de son enfer. Rien ne lui prédestinait une fin heureuse, pourtant elle l'a trouvé son prince charmant !